lundi 1 octobre 2012

La post-édition

Un client potentiel m'a demandé récemment si je faisais de la post-édition.

La post-édition consiste en fait à demander à un traducteur professionnel de corriger une traduction faite automatiquement par une machine.

C'est étrange comme concept, car en général, on perd beaucoup plus de temps à corriger une mauvaise traduction qu'à traduire directement un document original de zéro. Pour que cette pratique soit rentable, cela implique donc qu'il existe des logiciels de traduction automatique suffisamment perfectionnés pour produire un résultat correct qui fasse réellement gagner du temps à un correcteur humain.

Les résultats de mes recherches confirment d'ailleurs mes suspicions. Bon nombre de traducteurs sont sceptiques face à cette pratique et dénoncent une nouvelle façon de tenter de faire chuter les prix. Cet article publié sur le site de l'AIPTI met clairement en garde contre les dangers de la post-édition.

Il y a quelques années, un de mes clients directs avait investi dans un logiciel de ce genre pour m'aider à traduire plus vite et éventuellement se passer de moi pour quelques documents. Il m'avait donc remis un document traduit automatiquement par cette machine et m'avait demandé de lui donner mon avis sur la qualité du résultat. Il s'agissait d'un simple formulaire et le résultat était catastrophique! Je leur ai donc fait part de mon opinion sur ce produit et le client était furieux (pas contre mon avis mais contre le logiciel, je précise!).

Ce genre de logiciels n'est pas destiné à faire gagner du temps aux traducteurs, qui perdront généralement du temps et de l'argent avec cette pratique, mais à essayer de baisser le prix final de la traduction.

Je trouve tout de même que cette pratique est trompeuse. En effet, mieux vaut ne pas se faire trop d'illusions :  même le meilleur des correcteurs ne peut pas faire de miracles si l'original est mauvais. Au mieux, on peut espérer que le résultat de la machine soit cohérent pour que le correcteur humain puisse fournir un résultat correct, mais je doute que la qualité soit souvent au rendez-vous.

Je serais curieuse de lire des témoignages de traducteurs qui font/ont fait de la post-édition, savoir si vous confirmez mes théories, si votre expérience a été positive/négative et si vous estimez que vous avez gagné ou perdu du temps avec la traduction automatique.

Enfin, pour finir sur une note humoristique, voici un petit dessin de Mox sur la post-édition :

Source : Mox's blog



4 commentaires:

  1. Bonjour Anne-Sophie et merci de lancer cette discussion sur ton blog. C'est vrai que la post-édition semble de plus en plus être considérée comme l'avenir de notre profession. Pourtant les logiciels de traduction, aussi avancés et chers soient-ils, sont encore bien loin de produire des résultats convaincants. Ce soi-disant progrès ressemble donc fort à l'illustration du faible niveau de reconnaissance de la difficulté de notre travail. À nous donc de nous défendre, en refusant de perdre notre temps et en martelant encore et toujours qu'un traducteur est plus qu'un simple dictionnaire vivant.

    Personnellement, je n'ai encore jamais fait de post-édition mais je n'en ai vraiment pas envie. Ce genre de prestation est forcément moins bien payée et prend beaucoup trop de temps pour être rentable... je préfère passer mon chemin et recommander à mes clients (preuve à l'appui) de faire appel aux services d'un humain plutôt que d'une machine. Dernièrement, je me suis ainsi permis d'envoyer une traduction assez comique des consignes de sécurité d'un avion à un client spécialisé dans l'affrètement de jets privés (en cas d'atterrissage d'urgence, brace yourself était traduit en français par « crispez-vous »), pour lui démontrer de manière humoristique l'importance des nuances en traduction et le choix judicieux qu'il avait fait de confier son site web à une traductrice dont la langue maternelle est celle de son marché.

    Bien sûr, ce genre de courriel est à réserver aux clients que le traducteur connait bien, mais rien ne l'empêche de diffuser quelques photos éloquentes sur son site web ou sa page Facebook : à bon entendeur...

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    1. Effectivement, la post-édition est moins bien payée. Pour être exact, la post-édition propose des tarifs moitié moins cher aux clients et par conséquent, paye les correcteurs moitié moins.
      J'aime ton idée de passer par l'humour pour expliquer aux clients à quel point notre métier est important, moi j'utilise Pinterest où j'ai créé un tableau "Funny Translations" et où j'épingle des exemples de traductions ratées.

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  2. J'ai eu l'occasion de faire de la post édition (ou post-editing) pour une agence connue. Je pense qu'il s'agissait des débuts de cette "niche" et je n'avais rien à faire à ce moment-là. Le premier petit texte (d'essai) était plutôt correct et j'avais donc accepté un projet plus conséquent. Mal m'en a pris. Cette agence m'a recontactée plusieurs fois par la suite et j'ai systématiquement refusé. Je me souviens notamment d'une occasion où il s'agissait de travailler sur des projets ERP. La chef de projets m'avait indiqué qu'elle m'avait contactée en raison de mon expérience. Je lui avais répondu qu'il s'agissait de ma spécialité et que je ne voyais pas pourquoi le client profiterait de mon expérience au rabais. J'ai donc demandé à ce que l'on ne me contacte plus pour ce type de "relecture".
    Décembre 2011, je reçois un message d'une responsable de cette agence. Ce message disait :
    Il est indiqué dans notre base de données XXX que vous n’offrez pas ce service actuellement. Or ce service est de plus en plus demandé et il devient indispensable à tout traducteur de pouvoir le fournir. (...) Il permet d’obtenir des textes traduits plus rapidement et à un coût moindre que la traduction conventionnelle tout en produisant un bon niveau de qualité. Il est important de noter que la traduction machine telle que nous la pratiquons à XXX s’appuie sur un large corpus de traductions, sur les mémoires et la terminologie liés au compte et au sujet. Il y a donc en amont tout un travail de préparation afin d’assurer que le contenu qui sort de la machine et arrive en post éditing répond à un ensemble de critères de qualité et de fiabilité.(..) Elle proposait en outre de "payer vos premiers jobs de post editing au tarif de traduction standard".

    Je lui avais répondu :
    Merci de votre message. J'ai déjà eu l'occasion de faire du post-editing pour votre société et c'est moi qui avais demandé à ne plus être contactée pour ce service. Malgré le large corpus que vous évoquez, j'avais trouvé dans le texte XXX à réviser Windows traduit par Fenêtres et Word par Mot ; sans oublier le Mr Wolf traduit par M. Loup. Récemment, je travaillais sur un manuel TOTO (toujours pour votre société) et certains fichiers traités en post-edit (présentés comme étant simplement mis à jour) s'étaient révélés d'une qualité plus que médiocre. Mais j'avais été payée au tarif relecture, alors que j'avais dû tout retraduire.

    Tout cela pour vous dire que je doute de la qualité produite par la traduction automatique et être payée à un tarif inférieur ne m'intéresse pas.

    Je ne souhaite donc pas intégrer le post editing à mon offre de services.

    Voici en "résumé" mon expérience de la post-édition.


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    1. Merci de votre témoignage, c'est gentil d'avoir pris la peine de partager votre expérience avec nous.
      Je ne suis pas surprise de voir que l'expérience n'a pas été concluante, par contre je suis surprise de voir la manière dont votre contact dans l'agence vous présente la post-édition avec "tout un travail de préparation afin d’assurer que le contenu qui sort de la machine et arrive en post éditing répond à un ensemble de critères de qualité et de fiabilité". Une manière de faire croire au correcteur qu'il peut accepter un tarif inférieur puisqu'il n'aura presque rien à faire. Je persiste à croire que si la traduction est mauvaise, le résultat sera médiocre, même avec un bon correcteur (à moins de retraduire le texte, ce que vous semblez avoir fait mais là ce n'est rentable pour aucun professionnel d'être payé moins pour travailler plus!)

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