mardi 15 mai 2012

L'art de définir ses tarifs

Lorsqu'on débute dans la traduction, comment savoir dans quelle fourchette de prix se situer?
C'est une question à laquelle nous avons tous été confrontés un jour ou l'autre et à laquelle il est très difficile de répondre.

Enfin, est-ce vraiment si difficile que ça?

C'est bien normal de ne pas savoir combien facturer lorsque l'on débute comme pigiste, voici donc quelques petits repères pour aider les traducteurs qui décident de se lancer dans une carrière d'indépendant.
  • Prendre connaissance des prix du marché
Si vous n'avez aucune idée des prix pratiqués pour la traduction dans votre pays, ne vous fiez pas au prix que vous propose le premier client venu, renseignez-vous avant de donner ou d'accepter un prix. Par exemple, vous pouvez commencer par consulter les statistiques fournies par TranslatorsCafé, mais ne vous limitez pas à une source, cherchez-en plusieurs.
Par exemple, pour le Canada, le prix moyen au mot est de 0,12$ selon cette source. De son côté, les statistiques de l'OTTIAQ pour 2010 révèlent que les traducteurs agréés ayant entre 0 et 3 ans d'expérience demande en moyenne 0,18 $ du mot. Vous pouvez donc en déduire que la moyenne se situe entre 0,12 et 0,18 $ du mot.
N'hésitez pas à poser la question sur des forums ou faire une recherche sur Internet pour voir si la question a déjà été posée (et je vous garantis qu'elle l'a déjà été). Vous pouvez aussi contacter l'association ou l'ordre de traducteurs de votre pays car certains disposent de statistiques à ce sujet. Certes, personne ne peut vous dire combien demander à votre client, mais peut-être trouverez-vous des personnes prêtent à vous dévoiler combien elles demandent aux leurs. Ils ne s'agit pas de copier les tarifs des autres mais d'être conscient des prix pratiqués sur le marché.
  • La bonne fourchette
Il est très rare que le traducteur obtienne le prix désiré du premier coup, surtout avec les agences. Commence alors un véritable travail de négociateur. Pour ne pas être déstabilisé, définissez le tarif que vous aimeriez idéalement toucher et fixez-vous un tarif minimum du mot en dessous duquel vous n'acceptez pas de descendre. Il devrait y avoir entre 5 et 6 centimes de différence maximum entre les deux tarifs.
Par exemple, si notre moyenne se situe entre 0,12 et 0,18 $, on peut imaginer une fourchette compétitive réaliste entre 0,10 et 0,16 $ du mot. (Ceci n'est pas un conseil mais un exemple).
  • Tenir compte de son expérience
Soyons réalistes, l'expérience compte et justifie en grande partie le tarif demandé. Ajustez donc votre prix en fonction de votre expérience. Attention tout de même de ne pas vous dévaloriser, surtout si vous avez de l'expérience dans un domaine connexe ou que vous possédez un diplôme en traduction.
  • Rester cohérent
On vous demandera souvent un prix au mot, à la page et à l'heure, alors préparez-vous. Surtout, restez cohérent. Ne demandez pas 0,16 $ du mot puis 35 $ de la page, ça n'aurait aucun sens.
Remarque : une page en anglais contient environ 550 mots.
De la même façon, ne demandez pas un tarif au mot de 0,16 $ pour ensuite offrir un tarif à l'heure de 20 $.
Remarque : on demande en général aux traducteurs de traduire environ 2 500 mots par jour.
  • Ne pas céder à la pression
On trouve de tout sur le marché de la traduction, et les agences peu scrupuleuses ne manquent pas. On vous promet un grand volume en échange d'un prix dérisoire? Est-ce vraiment la bonne méthode? Qu'allez-vous faire si au final le volume n'est pas au rendez-vous ou pire, est-ce que vous voulez vraiment être débordé de travail avec un client qui paye peu et risquer de devoir refuser un éventuel client plus généreux?
Il est important d'acquérir de l'expérience mais pas à n'importe quel prix.

Je reçois encore beaucoup d'offres de ce genre :


Maintenant que je suis habituée et que j'ai déjà une clientèle, je peux me permettre d'ignorer ces courriels, mais je me mets à la place des personnes qui viennent d'entrer sur le marché, comment réagir face à ces prix dérisoires? C'est là que vous devez penser à la fourchette de prix que vous avez définie. Ces prix ne devraient en aucun cas rentrer dans votre fourchette, ne perdez donc pas votre temps, déclinez simplement la proposition. Au début c'est difficile, mais sachez une chose, si les offres à prix dérisoires abondent sur les sites, elles ne sont pourtant pas la norme. 
Selon mon expérience, un grand nombre d'agences pratiquent tout de même une politique de prix raisonnable.
  • Penser au futur
Si vous êtes tenté d'accepter une traduction pour 0,06 $ du mot ou moins, pensez à votre futur et au futur de toute la profession. Si ces offres existent, c'est parce que ces agences savent que quelqu'un dira oui à un moment ou à un autre. C'est le plus gros problème des traducteurs, beaucoup de gens souhaitent économiser sur le fournisseur, à savoir, le traducteur, et payent mieux leur vendeur que leur fournisseur, or c'est une erreur fondamentale. La qualité a un prix, c'est évident, sauf que beaucoup l'oublient.
Lorsque vous acceptez un prix dérisoire, sans le savoir, vous nuisez à votre propre carrière. Prenez-en conscience dès le début, et ayez confiance. Si après quelques mois vous ne trouvez toujours que des annonces à 0,05 $ du mot, c'est qu'il faut changer de méthode, et non pas céder à la tentation.

4 commentaires:

  1. Très bon article....Après, comme vous le dites, comment "s'accrocher" à ses tarifs lorsqu'on est débutant, comme moi. Je suis effectivement toute jeune dans la profession (je n'ai qu'une semaine d'ancienneté de prospection derrière moi....oui oui....une semaine) et j'avoue que je serai tentée d'accepter des prix plus bas que ceux que je me suis fixé.J'ai même reçu une proposition à...tenez-vous bien...0,01 EUR le mot source. Au début, j'ai cru rêvé, puis j'ai refusé. Merci pour ce genre d'article qui rebooste un peu notre confiance en nos tarifs.

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    1. Ça ne m'étonne pas du tout pour l'offre à 0,01 EUR, j'en ai vu d'autres!
      Je suis contente que ce post ait pu t'aider, surtout que les premiers temps sont souvent difficiles.
      Bonne chance pour ta nouvelle carrière de traductrice pigiste, et
      la prochaine fois, n'hésite pas à t'identifier, c'est toujours plus agréable de savoir à qui on parle, et puis ça t'aide à te faire connaître aussi!

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  2. Merci pour cet article, bien qu'il date. Je suis tout juste diplômée et n'ai qu'un stage de deux mois à mon actif en tant qu'expérience dans la profession. Je me suis vue proposer un tarif de 0,07 CAD / mot source dernièrement et j'ai longtemps hésité.... avant d'accepter, j'évalue mes différentes options. Il est dit que le tarif au mot est de 0,12 CAD et je ne me vois pas descendre en dessous de 0,10 CAD mais, n'est-il pas mieux que rien d'accepter 0,07 CAD ? Telle est la question qui me turlupine... pas facile.

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  3. Merci de ton commentaire Jane.
    Je sais qu’il est très difficile de refuser un contrat. Mais il ne s'agit que d'un seul contrat et d'autres opportunités se présenteront à coup sûr. Ce que je peux dire avec certitude, c’est qu’accepter des tarifs dérisoires nuit à la profession et contribue à faire baisser les prix du marché pour tous les autres traducteurs.
    Bonne chance pour la suite de ta carrière!

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